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Digitalisation du fret en zone CEMAC : le « Pacte de Douala » lance la révolution des corridors

  • Photo du rédacteur: William EBANGA
    William EBANGA
  • 6 mai
  • 3 min de lecture

Logistique CEMAC : Le Pacte de Douala lance la révolution digitale du fret

À l’heure où la fluidité des échanges devient le moteur de la croissance en zone CEMAC, le Cameroun, le Tchad et la Centrafrique viennent de sceller à Douala une alliance technologique sans précédent, portant sur la digitalisation du fret en zone CEMAC. En ratifiant le « Pacte de la digitalisation - Horizon 2028 », les organismes de gestion du fret terrestre de la sous région lancent une offensive numérique coordonnée pour dématérialiser intégralement les flux sur les corridors Douala-N’Djaména et Douala-Bangui. Entre mise en service de plateformes de nouvelle génération et interopérabilité régionale, ce tournant historique marque la fin de l’ère du papier et le début d'une souveraineté logistique visant à éradiquer les tracasseries administratives et à sécuriser les recettes des États.


L’histoire économique de l’Afrique Centrale vient de franchir un cap décisif au siège du Bureau de Gestion du Fret Terrestre (BGFT) à Douala. Sous l’impulsion d’une vision commune, le Cameroun, le Tchad et la République Centrafricaine ont scellé le « Pacte de la digitalisation - Horizon 2028 ». Cet accord tripartite entre le BGFT (Cameroun), le BNFT (Tchad) et le BARC (Centrafrique) ne se limite pas à une simple modernisation technique ; il s’agit d’un engagement politique et économique majeur visant à instaurer une véritable souveraineté logistique sur les corridors Douala-N’Djaména et Douala-Bangui.


L’urgence de cette réforme est portée par des chiffres éloquents : environ 13 000 voyages mensuels transportent plus de 320 000 tonnes de marchandises sur ces artères vitales. Pourtant, la fluidité de ces échanges est historiquement entravée par des tracasseries administratives et des contrôles excessifs. Une récente étude de l'Unité opérationnelle de surveillance du BGFT a révélé une densité critique de 64 arrêts sur moins de 1 400 km, soit une entrave tous les 21 km. Ce manque de fluidité asphyxie les transporteurs, entraînant des hausses de coûts fixes de l’ordre de 15 % par tonne-kilomètre et des retards qui pénalisent directement le pouvoir d’achat des consommateurs de l’hinterland.


Pour briser ce cycle d'inefficacité, le Cameroun et le Tchad ont officiellement lancé leurs plateformes numériques de nouvelle génération. Le système LANDFREIGHTiS+ du Cameroun, désormais opérationnel dans 12 agences et 41 checkpoints, enterre définitivement l’ère du papier. En parallèle, le Tchad a acté son « Go Live » sur le segment Douala-Kribi-N’Djaména avec la dématérialisation de la Lettre de Voiture Obligatoire (LVO) et de la Taxe à l’Essieu. L'interopérabilité native de ces deux systèmes, développés avec le partenaire technologique SERVOO, garantit une continuité numérique inédite entre les administrations des deux pays. La République Centrafricaine, actuellement en phase d'intégration avec l'appui de la Banque Africaine de Développement, rejoindra ce dispositif d’ici la fin de l’année 2026.


Cette transformation repose sur un écosystème de confiance où la transparence est la règle. Grâce à l’utilisation de QR codes cryptographiques et à l’intégration du paiement électronique, les recettes sont sécurisées et les documents deviennent infalsifiables. Pour le transporteur, le gain de temps est immédiat : la génération des documents se fait désormais via smartphone, éliminant les files d'attente physiques. Plus encore, l’émergence d’une bourse de fret digitale promet d’optimiser les flux en réduisant les retours à vide, véritable fléau pour la rentabilité du secteur.


Au-delà de la technique, le « Pacte de Douala » harmonise les référentiels des véhicules et des conducteurs tout en instaurant une reconnaissance mutuelle des documents numériques. Cette avancée prépare le terrain pour le Forum International qui se tiendra à Douala du 24 au 26 juin 2026, où cette feuille de route vers les « Smart Corridors » sera présentée à la communauté financière mondiale. En prenant ainsi les commandes de sa propre transformation numérique, l’Afrique Centrale ne se contente plus de subir l’évolution du commerce mondial, elle définit désormais ses propres standards de performance logistique.

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